Cinéma

FILM « L’Arabe » : une contre‑enquête poétique au cœur de la colonisation

À l’heure où le cinéma algérien se réinvente, L’Arabe (The Arab) de Malek Bensmaïl s’impose comme l’un des films les plus attendus de 2026. Coproduction franco‑algérienne avec la France, la Suisse et l’Arabie saoudite, ce long‑métrage signe le passage à la fiction d’un documentariste de renom et offre une réécriture audacieuse du mythe littéraire de Camus.

Réécrire « L’Étranger » depuis l’ombre

Le film prend pour point de départ l’« Arabe » sans nom tué par Meursault dans L’Étranger d’Albert Camus un mercredi de 1942. Il s’attache à le ramener à la vie sous la forme d’un frère: Haroun, un vieil Algérien de 64 ans, célibataire et retraité, vivant à Oran en 1996, qui raconte à un jeune journaliste Kamel une histoire incroyable remontant à l’été 1942.

Autour de la figure de Meursault tourmenté, Haroun convoque une autre histoire : celle de son enfance dans l’Algérie colonisée, des récits familiaux, des attentes, et enfin de la mort de son frère. Le film oscille entre mémoire, imaginaire et histoire collective, donnant une voix à celui qui, dans le roman, n’en avait aucune.

Un premier film d’auteur porté par un casting prestigieux

L’Arabe est le premier long‑métrage de fiction de Malek Bensmaïl, réalisateur déjà connu pour ses documentaires percutants sur l’Algérie et la question de l’exil. Ici, il s’entoure d’un casting international de haut niveau : Hiam AbbassNabil AsliAhmed BenaïssaDali BenssalahThierry Raphaël et Brahim Derris incarnent un véritable panthéon du cinéma maghrébin et français.

Le film s’inscrit dans un dispositif de coproduction transversal (Tita B Productions, Need Productions, Imagofilm, Hikayet Films) et mise sur une écriture à la fois sobre et suggestive, où les images parlent autant que les mots.

Genre, usages et réception

Classé comme drame de fiction de 106 minutesL’Arabe déploie une narration en parallèle entre 1942 et 1996, entre Oran coloniale et Oran indépendante. Le film s’est présenté au Festival international du film de Rotterdam (IFFR 2026) en compétition Big Screen, où il a été salué pour sa réflexion fine sur la mémoire, l’identité et la manière dont les nations racontent leur passé.

Pour les cinéphiles du Maghreb et du monde arabe, le film est aussi une réponse culturelle à la domination de la lecture occidentale de la colonisation : il reprend un classique de la littérature française pour la remettre dans la bouche de celui qui l’a vécue, et parfois payée de sa vie.

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