Un thriller psychologique qui explore les séquelles de la décennie noire à travers l’enquête sur la disparition d’une fillette
Le cinéma algérien contemporain trouve en Chakib Taleb-Bendiab un nouveau porte-voix de talent. Avec son premier long métrage « Alger » (titre international : « Algiers », titre original arabe : « 196 mètres »), le réalisateur franco-algérien de 42 ans livre un thriller policier d’une rare intensité, où l’enquête criminelle devient prétexte à une exploration profonde des traumatismes collectifs de la société algérienne.
Une intrigue au cœur des ténèbres algéroises
L’histoire débute par l’enlèvement d’une petite fille qui plonge Alger dans la tension et la suspicion. Seule Dounia, brillante psychiatre incarnée par Meriem Medjkane, et Sami, inspecteur de police campé par Nabil Asli, semblent capables de percer le mystère de cette disparition. Mais leur enquête les mènera bien au-delà d’une simple affaire criminelle : elle les confrontera aux démons du passé algérien, ces « ombres troublantes » qui continuent de hanter la capitale.
Le titre « 196 mètres » fait référence à une distance symbolique qui prend tout son sens dans la géographie urbaine et émotionnelle d’Alger. Comme l’explique le réalisateur, il a voulu « filmer tout Alger, Alger-Centre, Alger la blanche, l’ancienne », faisant de la ville elle-même un personnage principal du récit.
Un regard intime sur la décennie noire
Né en 1982, Chakib Taleb-Bendiab a vécu sa jeunesse durant la décennie noire algérienne (1991-2002), cette période de guerre civile marquée par les attentats terroristes et les couvre-feux. Parti de son pays natal à l’âge de 17 ans pour s’installer en France, le cinéaste revient aujourd’hui sur les lieux de son enfance avec un regard mature et une volonté de réconciliation avec ce passé douloureux.
« Nous avons besoin de comprendre ce qui nous est arrivé pour mieux vivre notre présent », confie-t-il, résumant ainsi l’ambition de son film qui dépasse largement le cadre du simple divertissement pour toucher à l’universel : comment une société peut-elle panser ses blessures ?
Une reconnaissance internationale
Le succès critique du film ne s’est pas fait attendre. « Alger » a remporté le Grand Prix du meilleur film au 28e Festival international du film de Rhode Island, se distinguant parmi 7 000 concurrents. Cette reconnaissance internationale a culminé avec la sélection du film pour représenter l’Algérie aux Oscars 2025 dans la catégorie du meilleur film international, un honneur qui souligne l’ambition et la qualité de cette première œuvre.
La première mondiale, organisée le 9 août 2024 lors du Festival de Rhode Island, a marqué le début d’une diffusion internationale prometteuse. Les droits de distribution ont été acquis par K-Films Amérique pour le marché canadien, tandis que Mad Solutions s’occupe de la distribution mondiale.
Une coproduction ambitieuse
Fruit d’une coproduction algéro-tuniso-franco-canadienne, le film bénéficie du soutien du Centre algérien du développement du cinéma et de l’Institut français d’Algérie, témoignage de l’importance accordée à ce projet par les institutions culturelles. Le tournage, qui a débuté en juin 2022 à Alger, a duré plusieurs mois et a permis de saisir l’essence même de la capitale algérienne dans toute sa complexité.
La distribution, menée par Meriem Medjkane et Nabil Asli, comprend également Hichem Mesbah, Chahrazad Kracheni, et plusieurs autres acteurs algériens reconnus, offrant un casting authentique qui renforce la crédibilité du propos.
Un thriller qui réinvente le genre
Loin des codes conventionnels du film policier, « Alger » se distingue par sa dimension psychologique et sociologique. Le réalisateur utilise « le réseau des rues et des ruelles, la cacophonie, parfois même l’insalubrité » de la capitale pour créer une atmosphère unique où l’enquête criminelle devient métaphore des questionnements identitaires d’une société en reconstruction.
Cette approche singulière, saluée par la critique internationale, fait du film un exemple réussi du renouveau du cinéma algérien contemporain, capable d’allier exigence artistique et engagement social.
Perspectives et impact
Avec une durée de 93 minutes et un format cinémascope (2,35:1), « Alger » s’inscrit dans les standards internationaux tout en gardant une identité visuelle forte. Le film, tourné en arabe et en français, témoigne du bilinguisme culturel de l’Algérie moderne et de sa capacité à s’adresser à un public mondial.
La sortie du film en Algérie, prévue pour décembre 2024, et sa diffusion internationale marquent une étape importante pour le cinéma algérien. En abordant frontalement les traumatismes du passé récent, Chakib Taleb-Bendiab ouvre la voie à une nouvelle génération de cinéastes algériens prêts à questionner leur histoire pour mieux construire l’avenir.
« Alger » n’est pas seulement un film, c’est un acte de mémoire et de résistance, une invitation à regarder en face les blessures du passé pour mieux panser celles du présent. Un premier long métrage qui annonce un talent prometteur et confirme la vitalité du cinéma du Maghreb sur la scène internationale.
« Alger » de Chakib Taleb-Bendiab
Durée : 93 minutes – Genre : Thriller/Drame – Sortie : 2024
Avec Meriem Medjkane, Nabil Asli, Hichem Mesbah
Coproduction Algérie-Tunisie-France-Canada


